Rares sont les fédérations aussi actives en France.  Sport quasi « confidentiel » (21 000 licenciés) structuré autour d’une fédération nationale relativement récente (2006), le hockey sur glace entre dans une phase de mutation accélérée. Entre la professionnalisation de la Ligue Magnus, la construction d’un centre fédéral et la co-organisation de la Coupe du Monde en mai prochain, 2017 marquera un tournant majeur dans l’histoire du hockey hexagonal.

Pour évoquer le sujet, R9 Sport a décidé de réunir trois spécialistes du sujet :

  • JÉROME POURTANEL, ex- hockeyeur professionnel, coach et consultant sur C+
  • ÉRIC ROPERT, ex hockeyeur professionnel, créateur et directeur général de la Fédération Française de Hockey sur Glace.
  • ROMAIN DEL BELLO, journaliste de Canal +.

LE HOCKEY EN FRANCE EN 2016

« Devenir le sport en salle N°1 en France ».

Éric Ropert ne s’en cache pas : « On veut devenir le sport en salle N°1 en France ». Consolidé par une fédération structurée et ambitieuse, ce « sport de niche » a tout pour réussir, selon lui. Limitée sous l’égide de la Fédération Française des Sports de Glace, la création de la FFHG en 2006 a libéré les ambitions du hockey français autour d’une structure en pleine essor, comparée à « une PME ». L’année 2017 est donc une année charnière pour la fédération.

 

+22% de licenciés en 10 ans !

Le développement de la pratique du hockey n’est pas la résultante de résolutions isolées. Cet essor incarne, au contraire, les avantages d’une gouvernance plus équilibrée. « C’est un puzzle, explique Éric Ropert. La jonction des différentes pièces à permis cela ». Pour autant, et malgré cette hausse conséquente, le hockey demeure loin des standards du top 20 des fédérations en nombre de licenciés. Alors que le sport jouirait d’un réel potentiel, de nombreuses limites viennent l’entraver : méconnaissance globale du sport, difficulté d’accès au sport (pratique du patinage, coût de l’équipement…) et aux patinoires…Ce « caractère confidentiel », comme le nomme Romain Del Bello, doit être le nouveau cheval de bataille.

LA TRANSFORMATION DE LA SAXOPRINT LIGUE MAGNUS

La fin du modèle associatif.

 En obligeant les clubs à passer du statut associatif à celui de société et en réduisant leur nombre (passage de 14 à 12), la Saxoprint Ligue Magnus a entamé sa mutation vers l’ère professionnelle. Comme le fait remarquer Jérome Pourtanel : « L’important c’est de pérenniser les clubs : tous les ans, on se demande qui va péricliter. » Les propos de l’ancien hockeyeur sonnent juste : entre 1990 et 2006, 8 champions de France ont dû déposer le bilan.

Afin d’éviter une transition trop abrupte, les modifications relatives à la compétition ont été échelonnées sur les deux saisons 2015-16 et 2016-17. Pour Éric Ropert, ce processus est, d’ailleurs, assez unique : « On a inversé la dynamique. Nous sommes directement à l’origine de la professionnalisation des équipes puisque nous avons investi de l’argent pour que le championnat se développe de manière pérenne. »

 

« Un cercle vertueux » économique et sportif

Véritable vitrine du hockey français, la Saxoprint Ligue Magnus se doit d’être attractive et de s’adapter aux exigences du hockey mondial. Une autre réforme a donc prévu une augmentation du nombre de matchs (de 26 à 44) qui « suppose l’augmentation des revenus des clubs autant sur le plan de la billetterie que des partenariats locaux » selon le directeur général de la Fédération. Cet essor attendu ne ferait que renforcer la rentabilité du seul championnat non déficitaire en France et lui permettrait de rééquilibrer ses ressources, aujourd’hui largement liées à la billetterie (84% de remplissage des patinoires).

Cette même stratégie devrait servir également l’intérêt sportif. « Les joueurs du championnat vont progresser et toute la formation française va se développer, estime Jérôme Pourtanel. C’est aussi l’attractivité du championnat : plus de joueurs étrangers seront enclins à venir y jouer. »  À terme, cette dynamique devrait pouvoir être mise au profit d’un autre étendard de la Fédération: l’Équipe de France. « Auparavant, nous n’avions pas la capacité de former beaucoup de joueurs de très haut niveau et comptions majoritairement sur des naturalisés » explique Romain Del Bello.

 

Une tendance à la métropolisation ?

À l’instar des ligues fermées américaines,doit-on s’attendre à ce que le hockey sur glace professionnel se recentre autour des grandes métropoles ? La nécessité de la présence d’un bassin économique dynamique pourrait donc mettre à mal la tradition des clubs de première division issus villes de montagne. Le développement de clubs tels que Amiens, Rouen, Bordeaux démontre déjà cette tendance à quitter les zones montagneuses de l’est de la France. Selon Éric Ropert : « C’est une forme d’évolution logique. Les gros clubs se développent là où il y a un large public, des partenaires, une patinoire… On avait des villages en Ligue Magnus auparavant, mais leurs capacités économiques étaient bloquées. » Ces nouvelles exigences ont donc obligé certains clubs à abandonner l’élite où à se restructurer pour y participer (à l’instar de la fusion entre Morzine et Chamonix).

Pour autant, une forme de maintien s’opère puisque certaines villes moyennes bénéficient d’une vraie « culture hockey » qui compense encore l’absence d’une  grande zone de chalandise. Aussi, les nouvelles villes de hockey brillent parfois par l’absence de développement d’un autre sport. « À Amiens ou Rouen, les clubs de football locaux ont souvent été en difficulté, estime Romain Del Bello. La concurrence des sports joue donc en faveur du hockey, mais pour combien de temps ?« 

L’INTÉGRATION DES ENJEUX DU SPORT BUSINESS

La constitution d’une offre médiatique complémentaire

La Saxoprint Ligue Magnus s’offre, pour sa saison 2016-2017, une couverture médiatique inédite. Outre une augmentation des diffusions de matchs sur L’Équipe, l’arrivée d’une Web TV, Fan Seat, permettra de suivre la totalité des affrontements du championnat. «  La combinaison entre l’Équipe et Fan Seat nous offre une vitrine globale : une pour le grand public et une pour les fans « , dévoile Éric Ropert. L’arrivée de FanSeat servira également l’intérêt de l’ensemble des acteurs du hockey national puisque les contenus diffusés seront utilisables par les clubs et les médias locaux.

9ème discipline la plus diffusée sur les chaînes hertziennes et la TNT, le hockey n’exploite pas tout son potentiel, selon Jérôme Pourtanel:  » On attend plus de médiatisation… Mais aujourd’hui la principale difficulté est liée à l’absence de télégénie de certaines salles… ». Cette impression est partagée par Romain Del Bello :  » La production des matchs est clairement limitée. Entre l’éclairage, la visibilité du palet ou les tribunes remplacées par des murs… « . Le développement de l’offre médiatique télévisuelle semble donc être conditionné à une mise en valeur du produit « Saxoprint Ligue Magnus ».

 

L’arrivée d’un nameur : « On bascule dans une autre dimension »

Cette saison, le championnat de France de Hockey aura donc droit à un nameur, à l’instar de la Ligue 2 de football (Dominos) ou de la Ligue de Handball (Lidl). Ce choix apparaît logique pour un sport où les investissements ne sont pas légions : « C’est vital, estime Jérôme Pourtanel. Nous ne sommes pas le rugby ou le football, on droit trouver des moyens de financer notre sport. »

Au delà de l’investissement financier consenti par l’entreprise d’impression en ligne, c’est surtout la nouvelle attractivité du championnat qui ravit Éric Ropert :  » La plupart de nos sponsors ont un lien avec notre sport. Saxoprint, c’est une vrai démarche business avec un souhait réel de multiplier les activations « . Alors que certaines ligues plus populaires divisent leurs droits pour bénéficier d’un plus grand nombre de sponsors, la FFHG a privilégié l’arrivée d’un partenaire majeur contre un package de droit très importants. « Dans l’imaginaire collectif, l’arrivée d’un nameur permet de nous faire basculer dans une autre dimension » conclut le directeur général.

L'AVENIR DU HOCKEY EN FRANCE

CDM 2017 : « Organiser un Mondial en France c’est exceptionnel ».

L’organisation du Mondial doit être un moyen pour la FFHG de valoriser son produit. Pour la première fois depuis 1951, la France va donc rassembler sur son territoire les plus grandes nations mondiales et attirer de nombreux curieux. « C’est une performance, c’est exceptionnel, se réjouit Jérôme Pourtanel. On espère que ça provoquera une médiatisation supplémentaire… »

Comme dans de nombreux cas par le passé, c’est surtout le parcours de l’équipe nationale qui créera, ou non, un engouement autour du sport. En 1992, lors des JO d’Albertville, l’Équipe de France était parvenue à atteindre les ¼ de finale, avait affronté les USA et connu une vague de licenciation sans précédent.  » La France est un pays où la culture sportive est essentiellement basée sur les exploits des équipes nationales, confie Romain Del Bello. Le Handball avec les « Barjots » et les autres, Le Football après 1998… Dés qu’il n’existe plus de performance, le soutien s’évapore comme en F1 ou en tennis ! » Il suffirait donc pour l’Équipe de France de réaliser quelques performances notables pour réussir à créer un lien émotionnel avec le public français.

 

Capitaliser sur l’émergence d’infrastructures.

Le processus de crédibilisation du hockey ne concerne pas que les annonceurs et les médias. Avec une fédération plus équilibrée, un championnat mieux orchestré et une licenciation en hausse, le rapport aux collectivités locales est plus aisé, notamment en ce qui concerne la construction/modernisation de nouvelles patinoires. « Nous avons trois axes post 2017 : un nouveau projet pour l’Équipe de France, le développement du championnat et la construction de patinoire« , annonce Éric Ropert. Le directeur général de la Ligue considère comme un « exploit » d’avoir pu accroître l’effectif des licenciés alors que le nombre de patinoire disponible est resté le même. Aujourd’hui, forte d’un championnat stable économiquement, la Ligue et ses experts discutent de la création de nouvelles enceintes mieux exploitables et plus respectueuses de l’environnement.

Par ailleurs, la création d’un centre fédéral à Cergy Pontoise va permettre à la fédération, comme à l’Équipe de France, de bénéficier de structures personnalisées (deux patinoires, locaux administratifs…) et d’avoir la main mise sur ses outils de développement. Un vrai symbole de la montée en puissance du hockey français en 2017.